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Michael Banton

octobre 31, 2012

Comment remplacer les concepts de race et d’ethnie en Sociologie ?

 Michael Banton

Le séminaire s’interroge : `Comment expliquer la permanence de ces catégories [de race et ethnie] qui ont si fortement façonné le monde moderne, alors que l’intensification des échanges semble rendre les identités moins rigides ?’

L’Assemblé générale de l’ONU adoptait, unanimement, le 21 décembre 1965, la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. La mise en application des obligations acceptées par les états parties demande l’emploi du mot race dans la législation nationale (par ex., Lochak 1992).

Par contraste, en 1996 The American Association of Physical Anthropologists [AAPA] déclarait que `il n’y a aucun groupe nationale, religieux, linguistique ou groupe culturelle ou classe économique qui constitue une race’ [`there is no national, religious, linguistic or cultural group or economic class that constitutes a race’].Il n’y a qu’un seul moyen à concilier ces deux positions. C’est à distinguer entre deux formes de langage adaptés à deux modes de connaissance : pratique et théorique.  Race et ethnie sont catégories dans le langage pratique. Certains ont cru qu’ils avaient place dans le langage théorique, mais ils avaient tort.

Le langage pratique est adapté aux problèmes de la vie quotidienne. Quand les circonstances changent, les mots obtiennent des nouveaux sens. Beaucoup des mots dans ce langage sont polysémique ou pluri-vocal.

Le langage théorique est adapté à la découverte de nouvelles connaissances, donc à nouvelles explications. Il développe un vocabulaire technique et uni-vocal. Dans le laboratoire un chercheur ne peut répéter l’expérience d’un autre chercheur à moins qu’il emploie les mêmes définitions. C’est dans ce langage, et pas dans le langage pratique, qu’il faut remplacer les mots race et ethnie.

Emique et etique (termes courants et termes scientifiques)

 

Le moyen le plus simple de distinguer les deux vocabulaires est celui des anthropologues américaines quand ils parlent des concepts emiques et etiques [emic and etic constructs], c’est-à-dire de l’opposition entre termes courants et termes scientifiques. La différence est illustrée quand un patient visite son docteur. Le patient décrit ses symptômes dans la langue pratique, employant des termes courants (emiques). Le docteur fait un diagnostique, s’inspirant de ses connaissances techniques et employant des concepts etiques. Selon Lett (1996) les termes courants (emiques) sont des explicaions (accounts en anglais] exprimés en catégories qui s’expliquent de manière à ce que les membres de la communauté populaire comprennent. Des termes scientifiques (etiques) sont accounts exprimés en catégories qui s’expliquent de manière à ce que les membres de la communauté des observateurs scientifiques les comprennent.

 

Des mots techniques développés dans le langage théorique passent souvent dans le langage pratique et obtiennent des nouvelles significations. Ils deviennent pluri-vocal. De temps en temps on essaye de transférer des termes courants (emiques)  dans le langage théorique, mais ça ne marche pas à cause de leur caractère pluri-vocal. Au dix-neuvième siècle, des anthropologues (qu’on peut appeler des raciologues), proposaient le concept de race comme concept scientifique (etique) mais ils ne pouvaient pas se mettre d’accord sur sa définition. La déclaration de l’Association des anthropologues physiques américaines a pour but de clarifier le sens du mot « race » et les termes multiples qui étaient subsumés sous les usages de race.

 

Donc, il n’a pas de conflit entre les propositions de l’ONU et de AAPA. Les problèmes  surviennent à propos des relations entre les termes courants et les termes scientifiques (emique/etique). Expliquer la continuité des catégories de race et ethnie dans le langage pratique, n’est pas difficile. Les problèmes dérivent du manque d’attention concernant la différence entre deux formes de langage. Il faut nettoyer le langage sociologique et remplacer l’usage des termes courants par des concepts scientifiques1.

 

 

Méthodologie

 

L’étalon or dans la vie universitaire est la croissance des connaissances. On juge des textes et les candidats doctorants sur leur apport en terme de contribution originale à la connaissance?  La connaissance est toujours provisoire mais elle possède un caractère objectif qui dépend des opinions des experts. De temps en temps les experts ont tort, comme c’était le cas dans la période durant laquelle les doctrines raciales étaient en vigueur.

 

Notre connaissance des causes de la variation en Homo sapiens s’est accru par quatre grands étapes: Darwin en 1859 ; la redécouverte de Mendel en 1900,  l’apport du mathématicien Fisher en 1930 (et son livre The Genetical Theory of Natural Selection qui disait que c’est le gène et pas l’espèce qui est le unité de sélection), et de Craig Venter qui en 2000 annonçait l’ordre du génome humain.

 

Selon Karl Popper, notre connaissance collective avance par conjecture et réfutation. Il souligne (1963 : ix) que `tout notre connaissance s’accroît par la correction de nos erreurs’. Il cite un chercheur qui dit `Notre grand problème est de faire des erreurs aussi vite que possible’. Un lauréat Nobel, Frank Wilczek, avertit ses collèges `Si vous ne fait pas des erreurs, vous ne travaillez pas avec des problèmes suffisamment difficiles, et ça, c’est une grande erreur’.

 

La contribution des raciologues à la croissance de connaissance était minimale. Ils ont suivi une méthodologie inductive qui recommande qu’un chercheur rassemble des observations et les classifie. On suppose que ce sentier les amène aux conclusions, ou même aux lois scientifiques.

 

Une autre possibilité est la méthode déductive employée par Charles Darwin. En 1834, à l’âge de 23 ans, il était en Patagonie ou il trouvait des coquillages 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il en déduit qu’ils sont la preuve de l’élévation de cette région du continent. Son observation était une clé pour le développement de sa pensée. Apres son retour à la Grande-Bretagne il prouvait ses conjectures par toutes une série de petites expériences, quelques unes dans son jardin à Downe.

 

Dans une lettre, Darwin s’étonnait que des chercheurs ne comprenaient pas que toute observation doit être en faveur ou contre une hypothèse: `How odd it is that anyone should not see that all observation must be for or against some view if it to be of service’.

 

Une explication déductive commence avec le problème, l’explanandum. Il est suivi par les explanans. Les travaux des raciologues étaient stériles parce qu’ils n’avait pas identifié un bon explanandum. Ils étaient des marchands qui faisaient de la publicité pour une panacée qui devait résoudre une multitude de problèmes.

 

La méthode expérimentale de Darwin était une méthode pour vérifier des observations, pour poser nouvelles questions et promouvoir une autocritique impressionnante2. Les raciologues manquaient d’autocritique. Ils continuaient à avancer leurs propositions en face des preuves contradictoires (t. ex. Reynaud-Paligot 2006 : 77).

 

 

La variation

 

Les grandes questions anthropologiques étaient celles des causes et de la portée de la variation humaine, physique et culturelle. Pour les raciologues, le concept de race était la clé pour expliquer les deux. Pour nous, ces questions, ces explananda, restent. Je discuterai d’abord la portée des différences culturelles.

Dans une critique majeure des théories raciales, Huxley et Haddon (1935: 138) proposaient le terme ethnic group pour remplacer race.  S’ils avaient écrit en français, ils auraient pu proposer ethnie pour remplacer race. En 1945, Warner et Srole ont employé ethnic group avec une autre signification, pour distinguer les américaines d’origine irlandaise des Italian-Americans et des White Anglo-Saxon Protestants.  C’était une alternative pour minorité raciale.

 

Chaque ethnie et chaque groupe ethnique sont uniques. Elles sont définie par ses relations avec d’autres ethnies, et ces relations varient (Ariel de Vidas & Hoffman 2012). Donc, à mon avis, David Riesman a reculé en 1953 quand il a lancé une abstraction ethnicité (`The groups who, by reason of rural or small-town location, ethnicity, or other parochialism, feel threatened by the better educated upper-middle-class people’).  Parler d’ethnicity était à insinuer qu’il y avait une qualité spécifique qui expliquait pourquoi les membres de ces groupes se comportaient d’une façon caractéristique.

 

L’expression origine ethnique entre dans le vocabulaire de la loi internationale en 1965 avec la Convention internationale sur l’élimination de discrimination raciale et sa référence à origine nationale ou ethnique. Chaque personne peut choisir l’origine avec qui elle s’identifie.

 

En 1968 l’approche sociologique subit une transformation radicale après la publication du livre Ethnic Groups and Boundaries. Dans ce livre, Barth changeait la perspective, il « définit le groupe, et non le matériau culturel qu’elle renferme’. Barth trouvait un bon problème ; il a inspiré les autres à étudier les  processus  selon lequels les groupes ethniques était crées et maintenus (même `en dépit des flux de personnes qui les franchissent’)3. Il identifiait explananda nouveaux et intéressantes ; il n’offrait pas des nouveaux explanantia. Je souligne que Barth discutait des groupes ethniques ; il n’employait pas le mot ethnicité.

 

Un autre grand changement suivit en 1975 avec la publication du tome  Ethnicity. Theory and Experience. Lesrédacteurs Glazer et Moynihan étaient préoccupés par les concepts de emique et d’ethnicité comme un explanandum. `Nous suggérons qu’un nouveau mot reflète une nouvelle réalité. Cette réalité est l’ethnicité’ [We are suggesting that a new word reflects a new reality and a new usage reflects a change in that reality. The new word is “ethnicity” (1975: 5)]. Ils proposèrent que l’`ethnicité’ soit expliquée, soit comme un produit du « primordialisme »,  soit comme un produit du « circonstantialisme ». Cette perspective  captiva l’attention des chercheurs et guida les cours de l’enseignement et recherche pour un quart-siècle.

 

Rétrospectivement, il apparaît que l’influence de Glazer et Moynihan était, au moins en partie, négative. Le mot ethnicité ne reflétait aucune nouvelle réalité. La réalité supposée était que des membres du public, surtout en USA, avaient une conscience plus élevée de leurs origines ethniques et qu’ils employaient une origine commune comme base de mobilisation. Des immigrés européennes en ce pays avaient au départ voulu s’associer avec leurs co-nationaux . Plus tard, quand ils comprirent qu’ils ne retourneraient pas au pays natal, leurs co-nationaux se transforment en co-ethniques. Le lien entres des colons avaient changé. Le mot ethnicité présentait son sujet comme une chose, une émanation d’un essence. C’était une réification.

 

Aujourd’hui ethnicité est un concept emique, employé dans le langage courant, mais au point de vue de la connaissance sociologique c’est un mot faux (en anglais, spurious). Il manque de signification etique. Son succès dans le langage pratique a trompé quelques chercheurs qui, pour résultat, n’ont pas définit leurs problèmes avec assez de précision.

 

Le livre de Glazer et Moynihan, et la discussion qui suit aurait  été différent si les participants avaient cherchés à expliquer la signification que des individus donnent à l’origine ethnique dans les circonstances différentes.

 

Ce qui est reconnu comme ethnique change d’une situation à l’autre. Déjà en 1983 j’avais fait une distinction entre les sentiments ethniques d’une majorité et une minorité (Banton 1983 : 165).  L’ethnicité majoritaire représentait une  grande catégorie décrite par Huxley et Haddon, comme des Slaves. L’ethnicité minoritaire représentait une catégorie qui résultait de l’immigration (par ex., Irish-Americans ). Maintenant, je crois qu’il faut distinguer une troisième sentiment, celui d’un staatsvolk, une majorité dans un état qui croit qu’elle est de souche nationale.

 

Dans les relations humaines, l’origine ethnique est une dimension qui peut être séparée des autres dimensions seulement si on peut tenir compte des autres dimensions. Mon analyse est que des individus combine dans la recherche des buts en commun, et que tous le monde fait preuve d’une préférence pour association avec un co-ethnic.  En certaines situations cette préférence est forte, en autres elle peut être nulle, et quand les individus cherchent à se distancier des co-ethnics elle a une valeur négative.

 

 

Malaisie

 

Des préférences sont relatives. En collaboration avec quelques étudiants Malaisiens j’établi une recherche qui mesurait la puissance de cette préférence par rapport à la chance de gain financier, gain de position sociale, et le devoir envers un collège de travail ou un voisin (Banton 2000). La recherche était basée sur les réponses, en 1989, d’un échantillon de 339 hommes et femmes résidents en Petalingjaya, une banlieue de Kuala Lumpur (Mansor 1992).

 

Des questions concernaient un individu imaginaire, Husin Ali, l’employé d’une société internationale de constructions mécaniques. Husin Ali avait l’habitude d’acheter ses produits d’épicerie chez Ah Kow, propriétaire d’une boutique connue pour ses prix bas et tout près de la maison de Husin Ali. Husin Ali avait entendu parler d’un autre entrepreneur, Ahmad, qui était en train d’ouvrir une épicerie dans le même quartier. L’enquêteur demandait si les interrogées s’attendaient à ce que Husin Ali irait se faire servir chez Ahmad ? La recherche supposait que les interrogées identifieraient Husin Ali et Ahmad comme Malais-Malaysiens et Ah Kow comme un Sino-Malaisien.   Elle supposait en plus que quelques interrogées penseraient que Husin Ali préférait faire ses courses avec Ahmad parce qu’il était aussi Malais, pendant que des autres interrogées pensaient que Husin Ali préférait faire ses courses là où les prix sont les plus favorables (Banton & Mansor, 1992).

 

Il était possible que Husin Ali gagnerait une satisfaction personnelle d’aider un co-ethnic  et que la satisfaction serait plus grande que le coût supplémentaire des choses achetées. Une autre hypothèse serait que Husin Ali voulait acheter auprès de Ahmad mais refuse en raison de la pression des sa communauté. Pour mesurer ce facteur l’intervieweur avait demandé aux  interrogées, en plus de toutes ces questions,  comment la mère de Husin Ali préférait que son fils se comporte.

 

Les résidents de Petalingjaya employaient un langage pratique et des noms propres comme Malay, Chinese et Indian.  Ceux qui parlaient ce langage savaient que les personnes catégorisées par leur origine ethnique varient de l’un à l’autre. Quelques uns étaient plus `ethnique’ que les jeunes qui écoutaient la même musique pop, mangeaient chez Macdonald, s’habillaient de manière similaire,  et fréquentaient des mêmes endroits. Donc, il n’était pas surprenant que les préférences ethnique apparaissent un peu moins fortes parmi les sujets âgés de moins de 30 ans moins soumis à la pression des membres de sa comunauté ethnique.

Une autre recherche employant les mêmes questions étudiait le cas de Tang Seng Seng, une personne imaginaire qui ressemblait Husin Ali à tous égards sauf qu’il était Sino-Malaisien. Le moyen d’obtenir l’échantillon et des réponses était différent, mais les réponses semblent être comparables.

 

La table 1 présente les réponses à douze questions demandant aux interrogées s’ils s’attendaient à ce que, dans les situations spécifiques, qu’un Malais-Malaysien ou un Sino-Malaysien monterait une préférence ethnique pour un co-ethnique (EP), ou une préférence pour association avec une personne de position sociale supérieur (Status), ou une préférence pour un gain financière (Money), ou que son choix répondait à une sentiment de devoir personnel (PersOblign).

 

 

 

Table 1

 

Pourcentage des interrogées qui ont eu  une préférence ethnique dans 12 situations

 

Situation                                            Husin Ali                           Tang Seng Seng

M-M      S-M                           M-M      S-M

Zoo trip (EPvStatus)                                    74       41                               57       66

Child adoption (EPvStatus)             67       34                               70       82

Wedding invitation (EPvStatus)     62       16                               36       35

Shopping (EPvMoney)                    47       16                               28       14

Renting house (EPvMoney)                        31       10                                 2          4

Marriage (EPvPersOblign)              28       14                               80       69

Child minder (EPvMoney)              23       10                               30       17

Support boss (EPvPersOblign)       20       39                               32       25

Wedding party (EPvPersOblign)    18         1                                 1          0

Child’s playmate (EPvPersOblign) 14         3                               11         9

Playmate home (EPvPersOblign)     6          1                                 4          1

House key (EPvMoney)                     0          0                                 2          1

 

M-M : Malais-Malaisien ; S-M : Sino-Malaisien

EP : préference ethnique

 

 

La table fait une liste de situations dans lesquelles des préférences peuvent être en contradiction. Elle suggère que les situations en haut dans la liste sont des situations dans lesquelles l’origine ethnique est plus importante, mais ça n’est pas prouvé parce qu’aucun niveau commun n’est employé pour les comparer. Quand bien même, il apparait clair que dans la situation de `house key’, par exemple, la préférence ethnique est faible. Cette question était :

 

`Husin Ali doit partir en urgence pour chercher un membre de sa famille à l’hôpital. Il a attendu que sa sœur arrive, mais elle a tardé. Il se demande s’il devait laisser sa maison pas fermée à clé ou laisser la clé à son voisin Sino-Malaysien. Que pensez-vous que Husin Ali fasse ?

1. Laisser la porte pas fermée à clé

2. Laisser la clé à son voisin Sino-Malaysien

3. Autre chose

 

Les réponses ont montré que la préférence ethnique était plus forte quand Husin Ali devait choisir un camarade de jeu pour un enfant, quand la famille visiterait le jardin zoologique et probablement était au maximum dans les situations définies comme situations de conflit politique entre Malais-Malaysiens et Sino-Malaysiens.

 

Des individus exerceraient une préférence ethnique dans les situations données pour s’associer avec un co-ethnique. Également, ils peuvent exercer des préférences pour s’associer avec quelqu’un de même origine nationale, de même croyance, de même genre, de même classe sociale, ou qui parle la même langue.

 

Comme déjà expliqué, ces préférences ne sont pas forcément des préférences positives. Dans certaines situations, des individus évitent le contact avec leurs co-ethniques, compatriotes, ou co-croyants. Dans telles circonstances leurs préférences sont négatives.

 

 

Couleur

 

Ce sont des variations culturelles. Des préférences pour des attributs physiques peuvent être puissantes. Des blancs essayent de bronzer. Des femmes noires achètent des cosmétiques pour se blanchir. Dans les mariages entre hommes et femmes de même origine ethnique se trouve, en moyenne, une préférence masculine pour un conjoint d’un teint plus clair. Des variations en couleur de peau ont été mesurées avec un spectromètre en 32 groupes vivant dans chaque majeure localité du monde. Les résultats indiquent le fonctionnement de la sélection sexuelle; un teint plus clair augment les chances qu’a une femme de se marier comme si les hommes, peut-être inconsciemment, veulent `choisir des femmes par leurs attributs physiques (comme la jeunesse, la santé, la sveltesse)  en conformité avec leurs « valeurs reproductives ». Des chercheurs disent  que ces résultats sont produit par `a genetically based sexual dimorphism in skin pigmentation’ montrant que la culture humaine se développe `to serve the reproductive interests of its flesh and blood carriers’ (van den Berghe & Frost 1986 : 101, 101).

 

En Malaisie, on demandait aux interrogées que Husin Ali choisirait entre couleur de peau et origine ethnique s’il choisit une épouse ou un enfant à adopter.  Mon collège de recherche m’avait expliqué: `une fille non-mariée peut être un handicap social. La plupart des parents préfèrent que leurs filles se marient jeunes. Quand les marieurs font leurs rondes, ils préfèrent les filles à la peau claire’ (`it is a social liability to have a daughter who marries late in life. Most parents prefer to marry off their daughter early. A daughter with fair skin complexion would be much in demand by the match-makers as they go round…’) La première question avait demandé si, entre deux épouses prospectives, un jeune homme préférait la sœur ainée ou la sœur plus jeune mais de peau moins claire? Des interrogées Malais-Malaisiens et Sino-Malaisiens pensaient que Husin Ali choisirait la sœur de peau claire (les Malais-Malaysiens par 70/5, et les Sino-Malaisiens par 72/4). Ils pensaient presque la même chose pour Tang Seng Seng: un jeune homme préférait comme épouse la sœur ainée car elle avait la peau claire (les Malais-malaysiens par 75/5 et les Sino-Malaisiens par 55/4).

 

La deuxième question sur la couleur concerne un homme qui veut adopter un enfant. Il lui faut choisir entre un enfant de peau brune qui partage son origine ethnique et un de peau claire d’une autre origine ethnique. Les interrogées pensaient que Husin Ali préférait l’enfant de même origine ethnique (des Malais-Malaisiens par 67/26 et les hommes Sino-Malaisiens par 60/29 et les femmes par 48/41). Ils pensaient que Tang Seng Seng aussi préférait l’enfant de même origine ethnique (des Malais-Malaisiens par 70/21 et les Sino-Malaisiens par 82/10). Encore une fois, les hommes estimaient qu’une peau claire était plus importante que les femmes.

 

 

Des catégories

 

Si un chercheur pose des questions sur les expériences d’un sujet avec des noirs, des blancs, des Indiens, il introduit des catégories ethniques ou nationales. Il n’y a aucun contrôle sur la possibilité que le sujet ait perçu l’autre personne comme membre d’une telle catégorie. L’interview ne doit pas les introduire.

 

Si on pose des questions d’une manière qui permette de comparer les puissances relatives des préférences, on peut employer la méthode expérimentale et permuter les variables. On peut dévoiler des causes inconscientes des comportements sociaux, comme Durkheim avait fait dans sa fameuse étude sur le suicide.

 

Des chercheurs de Kampala, en Uganda, présentaient des photos à leurs sujets et demandaient s’ils peuvent identifier leurs origines ethniques. Beaucoup des identifications étaient fausses. Des groupes de la même région étaient souvent confondus. Il apparaît qu‘une identité régionale en commun peut être plus important qu’une identité ethnique. Cette étude montrait que des communautés hétérogènes quant à origine ethnique avaient plus de difficultés à agir collectivement, mais le fait de partager une origine ethnique ne fournit pas une explication suffisante. Il y avait aussi une norme universelle de réciprocité.  Apparemment, les sujets trouvaient qu’il était plus facile d’établir des relations réciproques avec des co-ethniques, et ainsi pouvaient s’engager dans des actions collectives (Habyarimana et al. 2009: 64-67, 124-129).

 

Cette capacité à établir une réciprocité peut être une cause inconsciente de beaucoup des relations sociales. La réciprocité est une source de capital social de premier ordre.

 

 

Conclusions

 

Mes thèses sont :

 

1. Que les concepts de race et d’ethnie sont des termes courants (emique).

 

2. Pour avancer notre connaissance des relations dits raciales et ethniques, il faut des concepts scientifiques (etic) pour améliorer nos explications.

 

3. On ne peut pas trouver des concepts scientifiques  par la méthode inductive ; pour les découvrir il faut des observations contrôlées, dirigées par l’emploi de la méthode expérimentale.

 

 

 

 

Notes

 

1. Des mots pluri-vocales comme antisémitisme, Islamophobie, multiculturalisme, nationalisme et racisme sont importants dans le langage pratique mais n’appartiennent au langage théorique des sciences sociales.

 

2. Pour en exemple de mon autocritique, voir Banton 2005.

 

3. Poutignat et Streiff-Fenart ont traduit boundary comme frontière. Pour moi, c’est une métaphore trop forte ; frontière correspond avec border en anglais.

 

 

 

Références

 

American Association of Physical Anthropologists 1996 `Statement on the Biological Aspects of Race’, American Journal of Physical Anthropology 101: 569-570 (also accessible on the AAPA website).

 

Banton, Michael  1983 Racial and Ethnic Competition. Cambridge: Cambridge University Press.

– 2000 `Ethnic Conflict’, Sociology 34(3): 481-98.

– 2005 `Finding, and correcting, my mistakes’, Sociology, 39(3): 463-79.

– 2010 `The Vertical and Horizontal Dimensions of the Word Race’, Ethnicities 10(1): 127-140 & 148-149.

– 2011 `A Theory of Social Categories’, Sociology 45(2): 187-201.

– 2012 `The Colour Line and the Colour Scale in the Twentieth Century’, Ethnic and Racial Studies 35(7): 1109-1131, plus `Rejoinder’ 35(7): 1177-1180.

 

Banton, Michael, & Mohd-Noor Mansor 1992 `The Study of Ethnic Alignment: a new technique and an application in Malaysia’, Ethnic and Racial Studies, 1992, 15: 599-613.

 

De Vidas, Ariel, & Odile Hoffman 2012 `Beyond Reified Categories: multidimensional identifications among `black’ and `Indian’ groups in Colombia and Mexico’, Ethnic and Racial Studies 35(9): 1596-1614.

 

Glazer, Nathan, & Daniel Patrick Moynihan, eds. 1975 Ethnicity. Theory and Experience. Cambridge MA: Harvard University Press.

 

Habyarimana, James, Macartan Humphreys, Daniel N. Posner & Jeremy M. Weinstein  2009  Coethnicity. Diversity and the Dilemmas of Collective Action. New York: Russell Sage Foundation.

 

Huxley, Julian S., & A. C. Haddon 1935  We Europeans.  A Survey of “Racial” Problems. London: Cape.

 

Lett, James W. 1996.            `Emic/Etic Distinctions’ pp. 382-83 in Encyclopedia of Cultural Anthropology. New York: Holt, vol.2: 382-83

(alternatively, http://faculty.ircc.edu/faculty/jlett/).

 

Lochak, Danièle  1992 `La race : une catégorie juridique ?’ in Sans distinction de…

race, Presses de la FNSP, revue Mots 33.

 

Mansor, Mohd-Noor 1992 The Determinants of Malay Ethnic Alignment.  Unpublished PhD dissertation, University of Bristol.

 

Popper, Karl R. 1963 Conjectures and Refutations. The Growth of Scientific Knowledge. London : Routledge.

 

Poutignat, Philippe, & Jocelyne Streiff-Fenart,  2008 Théories de l’ethnicité, suivi de Les groupes ethniques et leurs frontières par Fredrik Barth,   2nd ed.  Paris: Quadrige, Presses Universitaires de France.

 

Reynaud Paligot, Carole 2006 La République raciale. Paradigme racial et idéologie républicaine (1860-1930). Paris : Presses Universitaires de France.

 

van den Berghe, Pierre L., & Peter Frost  1986  `Skin Colour Preference, Sexual Dimorphism and Sexual Selection: a case of gene culture co-evolution?’ Ethnic and Racial Studies 9(1): 87-113.

 

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