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18 mars: « The cheap Chinaman, the cheap Nigger, and the cheap European pauper to be absolutely excluded » : Racialisation et progrès social en Australie (1890-1930)

mars 12, 2013

« The cheap Chinaman, the cheap Nigger, and the cheap

European pauper to be absolutely excluded » :

Racialisation et progrès social en Australie (1890-1930)

   1. Eléments de contexte sur la racialisation en Australie

Ce texte a pour but d’introduire, de compléter et de mettre en contexte la présentation du 18 mars 2013 dont le titre est « ‘The cheap Chinaman, the cheap Nigger, and the cheap European pauper to be absolutely excluded’ : Racialisation et progrès social en Australie (1890-1930) ». Il présente notamment des éléments-clés de l’histoire australienne qui devraient permettre aux non-spécialistes de mieux appréhender les processus de racialisation en œuvre en Australie au moment de la Fédération.

La présentation du 18 mars propose d’étudier la manière dont les discours du nationalisme, du progrès social et de l’exclusion raciale s’entrecroisent dans la politique australienne des années 1890 aux années 1930. Durant cette période, marquée par la Fédération des six colonies australiennes en un Commonwealth indépendant en 1901, le processus de racialisation est basé, comme c’est le cas dans beaucoup d’autres pays, sur l’évocation de vices, de saletés et de différences culturelles des individus racisés, mais il est aussi – et surtout – associé à la question de progrès social. Ce processus de racialisation combine, de manière unique, possibilité de progrès social et nécessité de l’exclusion raciale. Une telle forme de racialisation, dont la complexité sera développée le 18 mars, trouve sa forme dans la spécificité de l’histoire australienne.

Du fait de sa position géographique, l’Australie a été l’un des derniers territoires à être colonisé par des puissances européennes. Situé dans le Pacifique, le continent australien était habité par des peuples aborigènes, présents sur l’île depuis 40 000 à 60 000 ans selon les estimations. Ce n’est qu’en 1770 qu’il a été revendiqué par le Royaume-Uni. La première flotte britannique composée de onze navires est envoyée à Botany Bay dans la région de Sydney en 1788 afin de mettre en place une colonie pénitentiaire. Le dix-neuvième siècle est caractérisé par la colonisation progressive – et partielle – du reste du continent : la Tasmanie commence à être occupée en 1803, puis sont créées les colonies d’Australie occidentale (1829), d’Australie méridionale (1836), du Victoria (1851) et du Queensland (1859). Les six colonies australiennes – Nouvelle Galles du Sud, Tasmanie, Australie occidentale, Australie méridionale, Victoria et Queensland – se sont ensuite fédérées en 1901 en un dominion indépendant. La période sur laquelle porte la présentation du 18 mars (1890-1930) englobe donc les débats, qui ont eu lieu avant la Fédération, sur le type de nation que serait le Commonwealth australien, ainsi que la mise en place, après les cérémonies de la Fédération, de cet idéal national centré sur la notion d’« Australie blanche ».

Une compréhension des processus de racialisation de cette période exige de s’attarder sur deux évènements essentiels du dix-neuvième siècle australien : la ruée vers l’or et le mouvement pour la Fédération. Mais avant d’aborder ces deux évènements, il est essentiel d’évoquer brièvement les habitants originels de l’Australie. Que l’idée d’une Australie « blanche » ait pu être même formulée est tout à fait révélateur des attitudes des colons britanniques envers les Aborigènes. La « politique de l’Australie blanche », qui est mise en place lors de la Fédération des six colonies australiennes en un Commonwealth, restreint l’immigration des populations non blanches (en fait, non britanniques) vers l’Australie.[1] Ce choix de la nouvelle nation de se définir comme « blanche » représente un déni total de l’existence même des Aborigènes. Considérés par le discours raciste pseudo-scientifique de l’époque comme une population primitive et donc vouée à disparaître, les Aborigènes sont l’objet de peu de discussions pendant les débats menant à la Fédération, et leur absence de la constitution australienne démontre bien l’exclusion multidimensionnelle dont ils sont victimes : exclusion physique (ils sont rejetés à la périphérie des centres urbains), politique (ils sont exclus de la citoyenneté), légale (l’Australie est considérée comme terra nullius (terre vide) en termes légaux), et discursive (absence des Aborigènes dans les discours sur la nation et l’imaginaire national). Scott Bennett nous rappelle ainsi que deux points des textes cadres de la Fédération australienne démontrent clairement la mise à l’écart des Aborigènes : les Aborigènes ne sont ni citoyens, ni décomptés dans le recensement australien ; et la gestion des Affaires Aborigènes est confiée non pas au gouvernement fédéral, qui s’occupe des dossiers importants, mais aux Etats individuels.[2]

La ruée vers l’or des années 1850, qui a lieu principalement dans les colonies de Nouvelle Galles du Sud et du Victoria, a radicalement changé l’image et les taux d’immigration de l’Australie. Le peuplement de l’Australie était à l’origine de nature pénitentiaire, contrairement à d’autres colonies de peuplement de l’Empire britannique telles que le Canada ou la Nouvelle-Zélande. Le continent a ainsi accueilli de nombreux détenus jusqu’en 1853, avec un taux d’immigration de colons libres (free settlers) relativement bas.[3] Les colonies australiennes souffraient donc d’une réputation relativement négative dans la première partie du dix-neuvième siècle. Avec la découverte de filons d’or dans la Nouvelle Galles du Sud et le Victoria, son image change : de terre de rejet, elle devient terre d’abondance et d’opportunité. Des chercheurs d’or affluent des autres colonies australiennes, mais aussi des États-Unis, d’Europe et de Chine.

La période de la ruée vers l’or est cruciale pour notre analyse de la racialisation en Australie car elle voit le développement d’une idéologie d’égalitarisme. En 1901, le parti travailliste australien déclare :

Australia has ever been an exemplar to the old lands. From the first establishment of responsible government within its borders it has steadily forged ahead, initiating and perfecting, experimenting and legislating, on new lines. By a happy fortune it sprang up free of most of the superstitions, traditions, class distinctions, and sanctified fables and fallacies of the older nations.[4]

L’Australie a toujours été un modèle pour le vieux continent. Depuis la première mise en place d’un gouvernement responsable au sein de ses frontières, elle a continué sur sa lancée de manière stable, initiant et perfectionnant, expérimentant et légiférant, sur de nouvelles lignes. Grâce à un hasard heureux elle est née libre de la plupart des superstitions, traditions, distinctions de classe, fables et idées fausses consacrées des nations plus anciennes. (ma traduction)

Comme les Etats-Unis lors de leur indépendance, l’Australie se targue au moment de la Fédération d’être libre des défauts du vieux continent et se considère comme un état qui serait exempt de la hiérarchie qui existe au Royaume-Uni. L’accès à la propriété y est beaucoup plus facile qu’au Royaume-Uni, où la terre est très peu accessible aux populations autres que la noblesse. Même les anciens prisonniers une fois émancipés peuvent parfois avoir accès à la terre et monter dans les classes de la société. Il ressort de cette spécificité un discours sur l’égalitarisme, où l’Australie est présentée comme une terre d’opportunité pour tous. La ruée vers l’or renforce plus encore ce discours, car son principal effet est un brassage social : tous les hommes sont égaux devant l’effort physique demandé par la recherche d’or. Comme le suggère Michel Bernard, « À la supériorité de rang et de classe que donne la naissance se substituent la force et le courage physiques ».[5] L’apparition de richesses soudaines entraîne une confusion des classes, mais aussi des demandes pour plus de démocratie et une emphase sur l’égalitarisme.

Or, c’est précisément au nom de l’égalitarisme que les chercheurs d’or chinois sont progressivement rejetés par les autres prospecteurs pendant la ruée vers l’or. Les Chinois, qui s’isolent souvent des autres groupes nationaux pour éviter les conflits, sont accusés par les ligues anti-chinoises de polluer les rivières, de trop travailler, et surtout de drainer la richesse hors de l’Australie. Si beaucoup de Chinois viennent en effet de manière temporaire en Australie afin de faire fortune avant de rentrer en Chine, beaucoup de chercheurs d’or d’autres nationalités font de même. Pour les ligues, les Chinois représentent une forme de concurrence déloyale, et empêchent le niveau de vie des populations blanches – et des colonies australiennes – de s’améliorer. C’est donc au nom de principes culturels, hygiénistes et moraux, mais aussi au nom de l’égalitarisme que les Chinois sont rejetés dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle en Australie. Les terrains aurifères voient ainsi se développer un fort mouvement anti-Chinois, qui donne lieu à toute une série de restrictions sur l’immigration chinoise en Australie. Le Victoria impose par exemple en 1855 une taxe d’entrée pour chaque Chinois arrivant dans la colonie ainsi qu’un quota d’immigrants chinois par bateau.[6] D’autres restrictions sont mises en place en Australie méridionale en 1857, en Nouvelle Galles du Sud en 1861, dans le Queensland en 1877, et en Australie occidentale en 1886. En 1888, une Conférence intercoloniale sur la question chinoise est organisée, avec pour conséquence le premier accord pour réduire l’immigration asiatique sur tout le territoire australien. Ces restrictions furent ensuite étendues à d’autres groupes lors d’une conférence des Premiers Ministres des colonies australiennes en 1896. De tels principes de restriction de l’immigration chinoise seront repris et étendus lors de la Fédération australienne, avec une même utilisation discursive de l’idéologie de l’égalitarisme dans l’exclusion des populations non blanches (en fait, non britanniques) du Commonwealth australien en 1901.

 

Le deuxième événement majeur qui nous concerne au dix-neuvième siècle est le mouvement pour la Fédération australienne. L’idée de fédérer les six colonies en une nation est évoquée pour la première fois en 1846.[7] Dans les années 1880, une série de conférences intercoloniales sont organisées pour débattre d’un éventuel projet de fédération. Le processus s’accélère et se précise dans les années 1890, et les six colonies australiennes deviennent un dominion en 1901. Parmi les facteurs qui favorisent ce mouvement fédératif, nous pouvons citer le fait que, dans les années 1880, de plus en plus d’Australiens sont nés en Australie, d’où l’émergence d’un sentiment national australien à travers, notamment, le développement de publications littéraires locales. Ce sentiment est renforcé par un désenchantement progressif vis à vis du Royaume-Uni : la politique de restriction de l’immigration asiatique est peu soutenue par Londres, et les évènements de 1883 autour de la Nouvelle-Guinée semblent démontrer que le gouvernement britannique prend trop peu à cœur la défense du Pacifique.[8] Les améliorations dans les moyens de communications – train, télégraphe – ouvrent la possibilité d’une Fédération, et les colonies estiment également que la Fédération pourra leur permettre de garantir une plus grande stabilité économique après la difficile dépression des années 1890. La Fédération comporte en effet des intérêts politiques et économiques clairs : d’un point de vue économique, elle permet la fin de la concurrence entre les diverses colonies et une accélération des échanges entre elles avec la fin des barrières douanières ; d’un point de vue stratégique, la Fédération permet une défense du territoire australien plus efficace, et surtout la possibilité de mettre en place un système fiable de restrictions sur l’immigration pour le continent dans son ensemble.

Deux des premières lois mises en places par le nouveau gouvernement fédéral en 1901 concernent en effet l’immigration et établissent ce qui est maintenant connu sous le nom de « politique de l’Australie blanche ». Cette politique – mise en place en 1901, appliquée pleinement jusque dans les années 1930, progressivement démantelée dans les années 1940, 1950, 1960, et enfin abandonnée en 1972 – restreint l’immigration vers l’Australie à des candidats principalement britanniques. Sont exclus en priorité les candidats non-blancs, avec deux populations principalement visées : les Asiatiques et les Mélanésiens, ces habitants des îles du Pacifique voisines de l’Australie. L’Australie est donc définie, au moment de la Fédération, en termes raciaux : le Commonwealth australien est une nation blanche dont l’homogénéité (affirmée, mais non réelle) est basée sur l’identité et la culture britanniques. La période étudiée lors de ma présentation du 18 mars – 1890-1930 – est donc cruciale dans l’histoire australienne, car elle constitue une époque où le processus de racialisation est au cœur de la politique nationale, et où la politique de l’Australie blanche est clairement défendue et régulièrement justifiée.

Lors du processus qui aboutit à la mise en place de la Fédération, l’idée d’une Australie blanche fait très tôt consensus dans les discussions intercoloniales. Si les questions des droits de douane, du protectionnisme, de l’équilibre des pouvoirs entre gouvernement fédéral et états ou du partage des rivières sont l’objet de longs débats, les choix d’une politique d’immigration fortement restrictive et d’une Australie « blanche » forment l’un des principaux points d’accord entre les colonies. L’historien Stuart Macintyre explique ainsi : « White Australia was not the object of federation but rather an essential condition of the idealised nation the commonwealth was meant to embody » (« L’Australie blanche n’était pas l’objectif de la fédération, mais plutôt une condition essentielle de la nation idéalisée que le Commonwealth devait incarner »).[9] Que l’on considère l’Australie blanche comme le but ou la condition de la Fédération australienne, cette conception raciale de la nation structure bel et bien le nationalisme australien de 1890 à 1930. Helen Irving mentionne que la politique coloniale australienne se transforme à partir des années 1880, passant d’une structure basée sur des arrangements personnels vers une organisation de parti plus formelle et impersonnelle.[10] Le processus de racialisation devient, de manière similaire, plus formel à partir des années 1880 et 1890, et est intégré dans la structure même de l’Etat en 1901.

Cette institutionnalisation de l’exclusion raciale se fonde sur toute une série de discours qui viennent la justifier. Ces discours s’articulent autour de questions d’hygiène, de propreté, de vices, de différences culturelles trop prononcées, d’invasion, mais aussi – et surtout – d’une association entre présence de non-Blancs et menace à l’encontre de la démocratie, du niveau de vie australien, et de l’égalitarisme – association qui est étudiée dans la présentation du 18 mars.

Une étude des processus de racialisation des années 1890 aux années 1930 en Australie permet de comparer les différents discours qui existaient dans l’Empire britannique ainsi que dans d’autres contextes nationaux. Une telle étude de la Fédération permet aussi d’aborder des questions majeures dans le contexte australien contemporain. La politique de l’Australie blanche a fortement limité l’immigration de non-Britanniques jusque dans les années 1940, voire jusque dans les années 1960 et 1970 pour l’immigration asiatique. En 1972, les derniers éléments de la politique restrictive sont démantelés, et le pays se tourne vers une politique multiculturelle. Si la transition entre politique de l’Australie blanche et multiculturalisme s’est opérée progressivement en plusieurs décennies, il n’en reste pas moins que l’identité australienne a été définie en termes essentiellement raciaux en 1901, et que cette définition raciale continue aujourd’hui encore à structurer certaines perceptions de la nation.

Le sociologue Ghassan Hage argumente par exemple que l’Australie, dont l’identité est officiellement multiculturelle, c’est-à-dire, définie par la variété même de sa population, reste un pays où la population blanche reste dans une position dominante en termes culturels, sociaux et politiques. Différenciant acceptation par l’État et acceptation par la population, Hage avance que si les immigrés non blancs sont acceptés par l’État, leur acceptation en tant qu’Australiens par la population australienne n’est pas nécessairement automatique. La tolérance, poursuit Hage, est une position de pouvoir, car celui qui tolère peut aussi ne pas tolérer.[11] La « tolérance » de la population australienne face aux nouveaux arrivants « multiculturels » depuis les années 1970 se base donc sur une relation de pouvoir, où la nation est toujours imaginée comme étant gérée par le courant traditionnel anglo-australien.

Dans son étude de la culture française des années 1950 et 1960, Kristin Ross souligne le silence qui entoure le passé colonial de la France après la fin de la guerre d’Algérie. Selon elle, le passé colonial a été relégué « à une autre temporalité », transformé immédiatement en « archaïsme », et considéré comme un événement « extérieur » à l’identité historique française.[12] Elle conclut que le refus de considérer l’importance du colonialisme dans la construction de la nation française forme la base du consensus néo-raciste qui y existe aujourd’hui. [13] Si Kristin Ross nous rappelle l’importance du passé colonial de la France dans les attitudes envers l’immigration et les immigrés dans la France contemporaine, il est possible d’avancer un argument similaire dans le cas de l’Australie. Si le multiculturalisme est souvent mis en avant car il donne à l’Australie une image tolérante et positive d’elle-même, la politique de l’Australie blanche reste peu enseignée et peu évoquée. Le tabou qui existe autour de cette politique raciale masque son importance dans le néo-racisme qui existe dans certaines parties de la population australienne aujourd’hui. Entre les « guerres de l’histoire » des années 1990 (the history wars), où les historiens s’affrontaient pour savoir si l’histoire australienne devait être représentée de manière « positive » (en soulignant les contributions de la colonisation européenne) ou de manière « négative » (en soulignant les destructions et les exactions des Européens, notamment à l’encontre de la population aborigène), et l’anxiété de l’opinion publique australienne face à l’arrivée en bateau de réfugiés politiques sans visa depuis les années 1970, il est clair que la racialisation à l’œuvre dans la politique de l’Australie blanche doit être analysée en profondeur pour mieux appréhender son impact potentiel sur la société contemporaine.

2. Extraits qui seront étudiés pendant le séminaire

Document 1 : Le programme du magazine The Bulletin en 1893[14]

The Bulletin favours –

–          A Republican Form of Government

–          One Person, One Vote

–          Complete Secularisation and Freedom of State Education

–          Reform of the Criminal Code and Prison System

–          A United Australia and Protection against the World

–          Australia for the Australians – The cheap Chinaman, the cheap Nigger, and the cheap European pauper to be absolutely excluded

–          A State Bank, the issue of bank-notes to be a State monopoly

–          The direct election of Ministers by Parliament, instead of Party Government or rather Government by Contradiction

–          A new Parliamentary System – one House to be elected by constituencies as at present; the other to be chosen by the whole country voting as one Constituency

–          A Universal System of Compulsory Life Insurance

–          The entire Abolition of the Private Ownership of the Land

–          The Referendum

–          The Abolition of Titles of so-called ‘nobility’

Document 2 : Le mouvement anti-Chinois en Australie[15]

Sir Henry Parkes, Premier Ministre de la colonie de Nouvelle Galles du Sud, sur la Loi sur la restriction de l’afflux des Chinois (1888)

So far as the Chinese people who reside amongst us are concerned, I have for thirty years, many times and often, borne testimony to their law-abiding, industrious, thrifty, and peaceable character, and I have never for a single moment joined with those who have held them up as in many respects more disreputable than a similar number of English subjects. For a generation […] and at all times I have opposed the introduction of Chinese upon these, as I conceive, national, and to a large extent, philosophical grounds: I maintain that in a country like New South Wales it is our duty to preserve the type of the British nation, and that we ought not, for any consideration whatever, to admit any element that would detract from, or in any appreciable degree lower, that admirable type of nationality […] I contend that if this young nation is to maintain the fabric of its liberties unassailed and unimpaired, it cannot admit into its population any element that of necessity must be of an inferior nature and character.

 Le magazine The Bulletin sur la « question chinoise » (1890)

All the sophistry in the world will not remove these facts – that the Chinaman, while living under the protection of our laws and enjoying every privilege accorded to the white, contributes hardly anything to the revenue; that the indirect taxes he does pay are imposts levied on the consumption of opium, and on other vicious habits; that he invariably removes his realised wealth from the country, which as a set-off only gets his cheap labour – the ruin of the white; that the Chinese bring no women with them, and foster immorality wherever they settle: that the races should not be allowed to mix; that they are mixing to an appreciable extent in the lowest quarters of the large cities; and that the presence of the Chinaman must ever be a disturbing element in the at all times sufficiently strained relations between capital and labour. The Chinese as a body must eventually be cleared out of all but tropical Australia, and it will be well for the community to settle the business as soon as possible, by imposing on every Mongolian who lands on our shores a poll-tax so heavy as to prohibit the Celestial workman from competing with the white. […]

At present the Chinese, who, properly speaking, are not morally, physically, or intellectually fit to sit down in the same continent with the European, are living amongst us as a favored race. They enjoy all the Caucasian’s privileges – labor under none of his disabilities. They will, if allowed, yet starve him out. According to the HERALD they are splendid colonists. We know the Chinaman better than most people. He produces two things – vice and vegetables.

 Document 3 : Le contre exemple des États-Unis dans la question de la main d’œuvre Canaque. Manifeste du Parti Travailliste du Queensland (1893)[16]

Black labour

Kanakas were forced upon us by the violation of sacred pledges and against the expressed wish of the people. […] The United States of America had the same number of people 100 years ago as Australia has to-day. They became an independent nation. To develop her country but not to benefit the people her ‘go ahead’ men filled the Southern States with slaves. An aristocracy grew up amongst the sugar and cotton planters who became intolerant and overbearing to their wage-earning fellow countrymen who were called mean whites even by the slaves. This intolerant aristocracy, for the sake of profit impoverished the soil and wanted to extend the territory of slavedom, which would have also practically given them the control of the United States Senate. At last the white population saw their danger, but too late to prevent a civil war. […]

As in the United States this coloured labour, if tolerated, will compete with our yeomen farmers, and the big estates will crush out the little ones. And as in the United states something will ensue which we would all regret. People of Queensland, for the sake of your wives and little ones, stop this by recording your votes against the supporters of coloured labour so that Australia may remain a white nation.

 Document 4 : Déclarations du Parti Travailliste australien datant de 1901[17]

Australia has from its early infancy been pre-eminently a land for the people. Its suffrage has been more liberal, its conditions easier, and life within its borders far and away a greater boon than in most other lands. The colonies were all inherently Democratic. No aristocracy of birth, no State chartered clerical order, no military caste dominated their destinies or marred their advance. The people were practically of one class differentiated only by the possession of a greater or lesser amount of wealth. And so with liberal institutions, and greater freedom, the colonies that have now federated into a nation each and all worked out their own destiny till the time arrived when, inspired in various ways, people of all classes united and voiced the command that Australia should be one.

Australia is to be saved from the coloured curse, to be relieved from strikes, to be famous for having no paupers or poor-houses, to be a government of, by, and for the people. Or else to be a mongrel nation torn with racial dissension, blighted by industrial war, permeated by pauperism, and governed by cliques of lawyers and bankers and commercial and financial adventurers.

 Document 5 : Le Premier Ministre Alfred Deakin explique sa vision de la politique de l’Australie blanche (1903)[18]

A white Australia does not by any means mean only the preservation of the complexion of the people of this country. It means the multiplying of their homes, so that we may be able to occupy, use and defend every part of our continent; it means the maintenance of conditions of life fit for white men and white women; it means equal laws and opportunities for all; it means protection against the underpaid labor of other lands; it means social justice so far as we can establish it, including just trading and the payment of fair wages. A white Australia means a civilization whose foundations are built upon healthy lives, lived in honest toil, under circumstances which imply no degradation. Fiscally a white Australia means protection. We protect ourselves against armed aggression, why not against aggression by commercial means? We protect ourselves against undesirable colored aliens, why not against the products of the undesirable alien labor? A white Australia is not a mere sentiment; it is a reasoned policy which goes down to the roots of national life, and by which the whole of our social, industrial and political organization is governed.

 Marilyne Brun, Maître de conférences, Université de Lorraine


[1] Les deux principaux types de population visés étaient les Asiatiques (les Chinois en particulier) et les peuples des îles du Pacifique voisines de l’Australie.

[2] Scott Bennett, « Aborigines », in The Centenary Companion to Australian Federation, ed. Helen Irving (Cambridge : Cambridge University Press, 1999), 328.

[3] Les dates de la fin de la déportation de prisonniers vers l’Australie varient d’une colonie à l’autre. La Nouvelle Galles du Sud cesse de recevoir des prisonniers après 1840 ; le dernier bateau de prisonniers arrive en Australie en 1868.

[4] Cité dans C. M. H. Clark, Sources of Australian History (London : Oxford University Press, 1957), 468.

[5] Michel Bernard, L’Âge d’or australien : la ruée vers l’or et ses conséquences 1851 (Paris : L’Harmattan, 1997), 37.

[6] Cette mesure fut dans l’ensemble assez inefficace : les bateaux choisissaient souvent de débarquer les immigrés chinois dans une colonie voisine (l’Australie méridionale ou la Nouvelle Galles du Sud) d’où ils rejoignaient le Victoria à pied.

[7] Helen Irving, « Timeline », in The Centenary Companion to Australian Federation, ed. Helen Irving (Cambridge : Cambridge University Press, 1999), viii.

[8] En 1883, l’Allemagne exprima son intérêt pour la Nouvelle-Guinée. La colonie du Queensland, dont le plus proche voisin est la Nouvelle-Guinée, demanda alors l’autorisation à Londres d’occuper la région pour contrer les desseins allemands. Le Queensland tenta d’annexer la Nouvelle-Guinée avant d’avoir reçu la réponse du gouvernement britannique, qui rejeta ouvertement cette action. Bien que le Royaume-Uni revendiquât la Nouvelle-Guinée peu de temps après, l’événement semblait révéler le manque d’intérêt de Londres pour le Pacifique et la défense de l’Australie, ainsi que le manque d’indépendance dont jouissaient les colonies australiennes.

[9] Stuart Macintyre, A Concise History of Australia (Cambridge : Cambridge University Press, 1999), 142-143.

[10] Helen Irving, « New South Wales », in The Centenary Companion to Australian Federation, ed. Helen Irving (Cambridge : Cambridge University Press, 1999), 31.

[11] Voir Ghassan Hage, White Nation : Fantasies of White Supremacy in a Multicultural Society (Sydney : Pluto, 1998).

[12] Kristin Ross, Fast Cars, Clean Bodies : Decolonization and the Reordering of French Culture (Cambridge, Mass. : MIT Press, 1995), 196.

[13] Kristin Ross, Fast Cars, Clean Bodies : Decolonization and the Reordering of French Culture (Cambridge, Mass. : MIT Press, 1995), 196.

[14] Cité dans C. M. H. Clark, Sources of Australian History (London : Oxford University Press, 1957), 446.

[15] Premier extrait cité dans A. T. Yarwood, Attitudes to Non-European Immigration (Stanmore, NSW : Cassell, 1968), 94 ; deuxième extrait cité dans C. M. H. Clark, Sources of Australian History (London : Oxford University Press, 1957), 393.

[16] Cité dans C. M. H. Clark, Sources of Australian History (London : Oxford University Press, 1957), 403.

[17] Cités dans C. M. H. Clark, Sources of Australian History (London : Oxford University Press, 1957), 468, 500.

[18] Discours prononcé lors de son élection en tant que Premier Ministre fédéral à Ballarat (Victoria) en 1903. Le discours est disponible entre autres en ligne sur <http://electionspeeches.moadoph.gov.au/speeches/1903-alfred-deakin&gt;

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